Quand je pense qu’il y a encore 8 mois, je ne pouvais pas mettre la tête sous l’eau sans me pincer le nez… Il me prend souvent des lubies que je ne saurais expliquer, mais cette fois, j’avoue, j’ai fait fort. Dès que j’ai commencé à être un peu plus à l’aise dans l’eau, je me suis sentie pousser des ailes nageoires et je me suis dit : « Tiens, si j’essayais le rugby subaquatique ? ». Je n’en reviens toujours pas de m’être lancée dans une telle activité sportive.

Puisque Fysalis, le club athénien de rugby subaquatique, proposait un week-end d’initiation pour les débutants, et comme je me mêle de tout, je ne pouvais pas rater l’occasion de me joindre à cette joyeuse mêlée nautique.

Voici donc mes tout premiers pas en sous-marin dans cette activité particulièrement challenging que je pratique maintenant depuis 4 mois.

Stage d’initiation – L’angoisse

J’arrive au stage d’initiation confiante, ou plutôt inconsciente. Je me doute que cela va être difficile, mais il n’y a pas de raison que je n’y arrive pas. C’était sans compter la profondeur de la piscine… 4 mètres. Choc vertigineux. Je ne pensais pas pouvoir ressentir cela dans l’eau, et pourtant. L’angoisse monte. Il faut plonger pour équilibrer mes oreilles et voir si je peux en effet pratiquer ce sport, mais je ne peux même pas aller au-delà des 2m. Dès que je plonge, je remonte instantanément. Dimitris, le coach, comprend que je suis bloquée par la peur de manquer d’air. Il m’explique que j’ai assez d’air dans les poumons pour aller au fond de la piscine et remonter.

Ainsi, il me conseille de me détendre et surtout, d’arrêter de penser. Apparemment, il ne me connaît pas bien. D’une, on ne demande pas à une femme d’arrêter de penser, et de deux, je suis l’antithèse de la zénitude.

Non, je n’irai pas !!

D’autres joueurs de l’équipe viennent m’encourager, me rassurer. « L’adaptation peut prendre du temps et cela dépend de chacun » me disent-ils. Plus j’essaye de plonger, plus un point, un nœud, que dis-je une enclume se pose sur mon thorax. Je cherche mon souffle. L’appréhension de la plongée prend le dessus. Je sais que j’ai assez d’air pour plonger plusieurs secondes sous l’eau et équilibrer mes oreilles mais j’ai peur. J’ai peut-être été un peu ambitieuse quant à mes réelles capacités à faire du rugby subaquatique. Je pensais avoir surpassé ma peur de l’eau et finalement, c’est tellement ancré en moi depuis des années que je vais devoir donner de ma personne et surtout affronter cette peur qui me paralyse.

Phase d’observation – La mise en confiance

Je déteste l’échec. Et surtout, je ne peux pas rester sur un échec. Si les autres peuvent le faire, je peux le faire moi aussi. Par conséquent, malgré mes efforts infructueux lors du stage d’initiation, je ne lâche rien et décide de m’inscrire au club.

Cela va se faire en douceur, petit à petit. J’ai besoin d’apprivoiser l’environnement, la piscine, d’en savoir plus sur l’apnée, l’équilibrage des oreilles, les techniques et astuces qui pourraient m’aider à relativiser et me détendre. Au fil de mes recherches, je comprends assez vite que beaucoup d’apnéistes pratiquent aussi la méditation, du moins des techniques de respiration visant à se détendre.

C’est décidé, la méditation sera mon nouveau livre de chevet.

Le lâcher-prise, ce n’est pas mon fort. Je suis plus dans le contrôle. Or, sous l’eau, je ne peux rien contrôler. Du moins, je n’ai pas encore les clés pour comprendre comment cet univers, qui a ses propres règles, fonctionne. Savoir me rassure. Pendant plusieurs jours, voire semaines, j’entre dans une phase presque obsessionnelle : je dois pouvoir plonger. Je dévore donc tous les articles, vidéos qui pourraient m’aider à comprendre ce qui se passe dans mon corps au moment de plonger. Si j’assimile la technique en théorie, je devrais pouvoir la mettre en pratique naturellement.

Entraînement avec les enfants

Chose que je fais… Avec les enfants. En effet, au lieu de suivre l’entraînement avec les autres membres de l’équipe, j’ai préféré prendre mon temps et aller « barboter » avec les enfants (entre 10 et 15 ans). Je ne me sentais pas prête à faire des exercices à 4m de profondeur, et à suivre leur rythme intense dès le début. J’ai tout simplement besoin de prendre confiance en moi dans l’eau. Pour ma défense, ces petits grecs ont grandi dans l’eau et, comme tous les enfants, ils n’ont peur de rien. Quelle injustice !

Nous découvrons donc ensemble les bases de ce sport : comment tenir la balle, se faire des passes, marquer un panier, voler la balle à l’adversaire, etc. Tout en me pliant à ces exercices, je regarde de loin ce qui se passe chez les adultes. Je les envie et cela me motive encore plus pour aller jouer avec eux dès que possible.

Entraînement avec l’équipe – Montée d’adrénaline

Puis un jour : « Aurore, on va faire un match, tu viens jouer avec nous ?! »

Je ne suis pas sûre d’être prête, mais ils me font comprendre que ce n’est pas une question, plutôt une injonction. Donc j’y vais, pas rassurée. Je savais bien que je n’allais pas pouvoir me cacher derrière les bambins pendant longtemps.

« Ne t’inquiète pas, on va y aller mollo. Tu plonges quand tu le sens » me disent-ils. Les joueurs de l’équipe adverse ont été prévenus, si j’ai la balle, ils me laissent tranquille. Pas de plaquage, pas d’enlacement, pas de mêlée. Ils seront doux comme des agneaux. C’est déjà ça de gagné ! Allez, je plonge…

Petit aperçu de mes premiers pas dans l’équipe

5… 4… 3… 2… 1… PAME !!!! (“On y va” en grec)

C’est le début du match. Les nageurs les plus rapides se précipitent sur le ballon placé au milieu de la piscine. Je regarde le jeu de la surface avec mon masque et mon tuba. J’avance lentement, en direction du ballon. Mais pas trop près. Ils se jettent les uns sur les autres pour se voler la balle, se font des passes, remontent pour reprendre une bonne inspiration et replongent. Impressionnant. Cette facilité de mouvement dans l’eau me rend envieuse. Je veux acquérir cette aisance sous l’eau moi aussi.

Bon, je plonge… et je remonte aussitôt. Je n’ai pas pris une bonne inspiration. Je dois m’y reprendre. Elle est où la balle ? Ils sont déjà tous de l’autre côté de la piscine. C’est fou, on est distrait quelques secondes, et le ballon est déjà à l’autre bout.

Je sens une pression sur mon épaule. Le coach me fait signe de plonger. Il a raison, même si pour l’instant je ne suis pas très productive sous l’eau, je le deviendrai petit à petit. Mais pour cela, je dois y aller. Je dois habituer mon corps à plonger à 4 mètres de profondeur. L’angoisse !

Aïe !! Un coup de palme dans le bras. Je suis censée suivre le ballon de près, mais là où se trouve le ballon, se trouvent aussi les palmes des plongeurs. Soit ils ne font pas vraiment attention à ce qui se trouve sur leur passage, soit je ne suis pas encore assez expérimentée pour savoir où me positionner par rapport aux autres… À méditer. En attendant, les bleus se collectionnent.

Je vois une ouverture. Pas beaucoup de joueurs adverses sous l’eau et c’est mon équipe qui a le ballon.  Je replonge en prenant une meilleure inspiration. Cette fois-ci, mon coéquipier me voit et me passe la balle. C’est la première fois que je touche la balle, je suis fière. Je sens l’adrénaline monter, mais je n’ai déjà plus d’air. Je dois repasser la balle tout de suite, mais personne dans mon viseur. Tant pis, je la lui redonne, mais elle est déviée et interceptée par un adversaire. Je remonte quand même à la surface. De l’air, vite !

Je suis essoufflée. Le temps de me remettre de mes émotions, on a pris un panier. Ce n’est pas grave. On a 10 minutes de jeu, on va se refaire. Ce ne sera pas grâce à moi, mais je vais faire ce que je peux.

L’équipe Fysalis, encore pleine d’énergie après l’entraînement…

En résumé : Adrénaline 1 – 0 Angoisse

J’ai tellement de choses à travailler, que ce soit au niveau de l’apnée, de l’endurance ou même de la vitesse… et pourtant, ce sport me plaît ! Malgré l’angoisse que la plongée peut provoquer en moi encore quelquefois, le peu d’adrénaline que j’ai ressenti en jouant avec les autres, même en ne touchant qu’une seule fois la balle, m’a suffi pour comprendre que le rugby subaquatique était fait pour moi.

C’est un sport beaucoup plus subtil qu’il n’y paraît. Déroutant et stimulant à la fois, il requiert zénitude et dynamisme. Il faut pouvoir lâcher-prise tout en étant proactif. De plus, j’ai redécouvert les joies du sport collectif, l’idée de faire partie d’une équipe. Ça me manquait ! Les membres de Fysalis ont d’ailleurs joué un rôle très important dans ma décision de persévérer. Alors que je ne pouvais même pas plonger, ils ne m’ont pas laissé tomber et ont cru en moi. L’esprit d’équipe dans toute sa splendeur !

Ils me parlent déjà d’une compétition pour l’équipe féminine dans 4 mois. Je vais devoir être prête ! Dans quoi je m’embarque encore… À SUIVRE 😛

Et vous ? Sans vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas, le rugby subaquatique pourrait-il vous intéresser ? Que recherchez-vous dans le sport : le défi, l’exutoire, la relaxation ?

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